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De garants des us et coutumes à « objets de décoration », le cri de cœur pour la dignité de la chefferie traditionnelle au Togo

De garants des us et coutumes à « objets de décoration », le cri de cœur pour la dignité de la chefferie traditionnelle au Togo

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Par Rodrigue Ahégo,

La Voix des Sans Voix

Il est des images qui blessent la conscience collective d’un peuple et heurtent le sacré de son histoire. Au Togo, le spectacle est devenu presque banal, mais n’en demeure pas moins tragique. A chaque arrivée d’un hôte de marque à l’aéroport de Lomé, ou lors des grandes messes du parti au pouvoir, ils sont là, alignés, exposés de longues heures durant, parfois sous un soleil de plomb, sans égards élémentaires. Eux, ce sont nos chefs traditionnels. Ceux que l’on appelait affectueusement les « Garants des Us et Coutumes » semblent depuis l’avènement du régime dictatorial des Gnassingbé, réduits au rang d’accessoires de protocole, de faire-valoir politiques.

La complainte d’un citoyen togolais sur les réseaux sociaux résumait parfaitement le malaise général : « Pardon, restez à votre place… Le jour où vous devenez des acteurs politiques, vous perdez ce qui fait votre force : la neutralité et le respect de tout le peuple. » Ce cri du cœur n’est pas une attaque, mais un appel au secours pour sauver une institution en péril.

La crise de la chefferie togolaise ne date pas d’hier, mais elle a atteint un seuil critique de dépersonnalisation. Traditionnellement, le chef est l’émanation d’un sang, d’une lignée, d’un consensus communautaire et de rites sacrés qui lui confèrent sa légitimité. Aujourd’hui, le constat est amer : faisant fi des prescriptions ancestrales, le régime RPT/UNIR s’est arrogé le droit de nommer et de révoquer les chefs sur la seule base du militantisme et de la servitude politique.

On parachute dans des localités des individus sans aucun lien historique ou ombilical avec les populations qu’ils sont censés guider. Transformés en fonctionnaires d’un système, récompensés pour leur zèle ou sanctionnés au moindre écart de conduite, ces « chefs » subissent une double peine : la perte de leur autorité morale et le mépris de leurs propres administrés.

L’infantilisation d’un corps jadis sacré

Comment ne pas éprouver de la compassion et une profonde indignation face au traitement infligé à ces hommes et femmes qui devraient avoir de la sagesse et mérité un respect dû à leur rang et personnalité ? Convoqués, sermonnés par des ministres, des officiers, voire par de

simples subalternes du régime, ils subissent une déchéance publique. En période électorale, la sacralité de leur fonction est définitivement sacrifiée sur l’autel de la survie politique du régime, lorsqu’ils sont contraints de se muer en agents électoraux ou en rouages de la fraude.

La comparaison avec nos voisins est, à cet égard, cruelle. Au Ghana, la chefferie est une institution constitutionnelle respectée, jalouse de son indépendance. Là-bas, c’est le Chef de l’État qui se déplace, s’incline et sollicite l’audience du Roi ou du Chef traditionnel assis sur son trône. Au Togo, l’ordre des choses est inversé. C’est le gardien de la tradition qui se courbe, tête baissée, attendant la main condescendante du « Prince ». Le système travaille à diviser les familles royales, à semer la pagaille et la discorde au sein des communautés, avec sa pratique de fabrique de chefs traditionnels, politisant ainsi et instrumentalisant la chefferie traditionnelle. Dans l’histoire de l’avènement de la fameuse 5ème République, c’est avec ces chefs traditionnels là que la pièce théâtrale a été jouée, soi-disant qu’ils ont fait une consultation. Ce qui n’est normalement nulle part, le rôle d’un Chef traditionnel. Dans certaines cérémonies, ils se retrouvent à se disputer des tiges de brochettes et des cannettes. 

Pour le sursaut national, rendez aux chefs leur couronne

Cette chosification de la chefferie traditionnelle est une honte nationale. Elle dépouille le Togo d’une richesse culturelle immense et brise le lien de confiance entre le peuple et ses guides spirituels. En s’asseyant sur la dignité des chefs, le régime RPT/UNIR piétine l’âme même du pays.

Il est temps que ce corps se réveille. Certes, beaucoup murmurent leurs pleurs et subissent ce joug dans un silence dicté par la peur de la destitution, des représailles ou encore la perte de quelques privilèges dont ils sont esclaves. Mais le respect ne s’octroie pas par décret, il s’impose par la posture.

Pour retrouver l’estime de tous les Togolais, sans distinction de parti politique, la chefferie traditionnelle doit impérativement s’extirper des jeux d’appareil et des cortèges politiques. Le Togo a désespérément besoin de chefs sages, neutres et protecteurs, pas de courtisans. Rendons à nos traditions leur splendeur, et à nos chefs, leur dignité perdue.